Une mer de bleu et de jaune envahit peu à peu la place de la République. Malgré le froid de février, les drapeaux ukrainiens flottent au-dessus de la foule, accrochés à des épaules, noués autour des cous ou tendus à bout de bras. Trois ans après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, plusieurs milliers de personnes se retrouvent au cœur de Paris pour rappeler que la guerre continue.
Il est un peu plus de 14 heures lorsque le cortège s'ébranle. Devant la statue de la République, les conversations se mêlent à des chants en ukrainien. Une femme serre contre elle une pancarte où l'on peut lire le nom d'une ville détruite par les bombardements. Un peu plus loin, un père porte son fils sur ses épaules. L'enfant agite un petit drapeau bleu et jaune presque aussi grand que lui.
Selon la préfecture de police, environ 3 500 personnes participent à la manifestation. Les organisateurs avancent quant à eux un chiffre dépassant les 10 000 participants. Tous empruntent le boulevard Voltaire en direction de la Bastille derrière une immense banderole appelant à l'unité pour la victoire de l'Ukraine.
La marche s'étire sur plusieurs centaines de mètres. Au milieu des slogans et des chants, une immense bannière bleu et jaune se déploie au-dessus des têtes. Longue de 262 mètres, elle ondule comme un fleuve de tissu porté par des dizaines de mains. « Slava Ukraini ! » lance une voix. « Heroiam Slava ! » répond la foule en chœur tandis que les tambours donnent le rythme de la progression.
Au fil du parcours, les visages racontent autant d'histoires que les pancartes. Certains manifestants ont fui l'Ukraine depuis le début de la guerre. D'autres vivent en France depuis plusieurs années. Beaucoup ont encore de la famille à Kyiv, Kharkiv, Odessa ou près de la ligne de front. Une jeune femme montre sur son téléphone la photo d'un immeuble éventré. « Ma grand-mère vivait ici », dit-elle simplement avant de reprendre sa marche.
Autour d'eux, des Français venus exprimer leur solidarité se mêlent aux membres de la diaspora ukrainienne. Des représentants des communautés polonaise et géorgienne sont également présents. Des élus parisiens, des sénateurs, des députés ainsi que l'ambassadeur d'Ukraine en France rejoignent le cortège.
Cette manifestation parisienne s'inscrit dans un mouvement bien plus large. Entre le 22 et le 24 février 2025, près de 25 villes françaises organisent des rassemblements, marches, conférences ou concerts en soutien à l'Ukraine à l'occasion du troisième anniversaire de l'invasion.
Le long du parcours, les passants s'arrêtent. Certains applaudissent. D'autres filment la procession qui s'étire jusqu'à l'horizon. Les couleurs ukrainiennes se reflètent dans les vitrines des cafés et sur les carrosseries des autobus immobilisés par le passage du cortège.
Lorsque les premiers manifestants atteignent la place de la Bastille, il est près de 16 heures. Les prises de parole se succèdent sur scène avant un concert de soutien. Les intervenants évoquent les milliers de victimes civiles, les millions de déplacés et les villes ukrainiennes régulièrement visées par les frappes russes. Dans la foule, certains essuient discrètement une larme. D'autres applaudissent longuement.
Puis la musique prend le relais. Les premières notes s'élèvent dans l'air froid du soir. Plusieurs personnes chantent, parfois les yeux fermés. D'autres se prennent dans les bras.
Pendant quelques heures, au cœur de Paris, la guerre cesse d'être une simple succession de chiffres et de communiqués. Elle prend les visages de celles et ceux qui la vivent encore au quotidien. Et tandis que la foule commence lentement à se disperser sur la place de la Bastille, une conviction demeure : trois ans après le début du conflit, l'Ukraine n'est pas oubliée.