Carnet de quai : Orléans, l’Âme en Crue
ORLÉANS - Quai de Loire
Au Matin du 20 Septembre, c'est d'abord une odeur qui flotte sur les quai d'Orléans. Celle du bois mouillé, du goudron et de la friture.  Ce sont aussi les sons, le voiles qui claquent, les cordages qui grinces, les pas lourds sur les pavés, les interactions des mariniers qui se répondent d’un bateau à l’autre, un accordéons qui esquisse une mélodie.  Enfin, c'est la vision d'une foret de mats, de dizaines d'étales et d'ateliers, de centaines d'embarcations, de milliers de personnes. 
Pendant un long week-end les quais d’Orléans changent de visage, retrouvent leur bouillonnement d'entant  et la Loire redevient la grande artère vivante qu'elle fut durant des siècles. La ville entière semble tourner son regard vers le fleuve. Le Festival de Loire célèbre cette année sa 11ᵉ édition et ses 20 ans, et, jusqu'au 24 septembre, Orléans vit au rythme de l’eau. 
Sur les berges, plus de 200 bateaux traditionnels s’alignent comme un immense village flottant. Certaines embarcations arrivent directement des eaux ligériennes, d’autres portent les couleurs d’horizons plus lointains. Les voiles se gonflent sous le vent de septembre, les mâts dessinent une forêt mouvante au-dessus du fleuve brun. Au milieu des pontons, près de 700 mariniers s’affairent. Les mains sont tannées par les cordes, les visages marqués par le soleil. On échange des récits de navigation, on parle du courant, des tempêtes, des anciens voyages. « La Loire, elle ne pardonne pas l’erreur », glisse un marinier en resserrant un nœud sur une amarre.

« On vient de partout, ce qui montre que le Festival de Loire, 20 ans cette année, est bien ancré dans les esprits et parmi les grands événements nationaux. » 
Serge Grouard, Maire d'Orléans.
La foule avance lentement sur les quais noirs de monde. Des familles, des passionnés de patrimoine, des touristes venus parfois de loin se mêlent aux habitués. Les enfants pointent du doigt les grands bateaux à voile, les appareils photo crépitent, les odeurs de bois humide et de cuisine fumée flottent dans l’air. Au loin, un accordéon couvre un instant le brouhaha des conversations.
Partout, le festival déborde de vie. Une scène s’anime au détour d’une ruelle, des musiciens lancent quelques notes de folk tandis qu’un conteur attire un cercle de curieux. Plus de 300 spectacles rythment les journées et les soirées. Sous les guirlandes des guinguettes, les verres s’entrechoquent, les tables se remplissent de spécialités locales et les rires montent jusque sous les arbres des quais.
Cette année, le voyage traverse l’Atlantique. Le Saint-Laurent, invité d’honneur venu du Québec et de l'Acadie, apporte avec lui un parfum d’Amérique francophone. Des accents québécois résonnent entre les stands tandis que les marins du Pays basque racontent, eux aussi, leur rapport à l’océan et aux fleuves. Entre deux démonstrations nautiques, les visiteurs embarquent pour quelques minutes sur l’eau. Le bateau s’éloigne doucement de la rive, laissant derrière lui le tumulte du festival pour le clapotis régulier de la Loire.
Quand le soir tombe, les lumières des bateaux se reflètent sur le fleuve devenu miroir. La fraîcheur gagne les quais mais personne ne semble vouloir partir. Pour la dernière soirée, la foule se compacte devant la scène. François Morel apparaît sous les projecteurs, sa voix traverse la nuit orléanaise avant que le ciel ne s’embrase dans une pluie d’étincelles. Les explosions du feu d’artifice résonnent contre les façades de la ville et des milliers de regards restent levés vers les couleurs qui éclatent au-dessus du fleuve.
Au-delà de la fête, le Festival de Loire raconte aussi une mémoire oubliée : celle des échanges commerciaux, des routes fluviales et des hommes qui vivaient du fleuve. Pendant quelques jours, Orléans renoue avec son passé portuaire et redonne à la Loire sa place de colonne vertébrale vivante. Puis les bateaux repartiront. Les quais retrouveront leur calme. Mais dans l’air restera encore un peu l’odeur du bois mouillé, des chants des mariniers et des voyages.